Comment intégrer de la créativité dans les projets de génie ?

Qu’elle serve à embrasser le changement, à créer des opportunités, à résoudre un problème, ou à rendre le travail plus efficient, la créativité est un élément essentiel pour la croissance des organisations. Mais comment fonctionne-t-elle ?

Il y a deux ans, Jérémie Dupuis-Lacasse, technicien spécialiste senior en génie ferroviaire et routier chez CIMA+, a commencé à développer une méthode inédite pour faire de la photogrammétrie avec un téléphone cellulaire. La photogrammétrie consiste à prendre des relevés au sol, c’est-à-dire à photographier une zone sous plusieurs angles puis à faire analyser les photos par un logiciel capable de générer un modèle 3D. Les relevés sont habituellement effectués à l’aide d’un drone, mais leur utilisation doit se faire dans des conditions sécuritaires. Par exemple, pour photographier une route celle-ci doit être fermée à la circulation. Cet inconvénient de taille complexifiait le travail de notre technicien dont le principal terrain d’action est la route, justement. Actuellement à l’étape de projet pilote, la méthode développée par Jérémie permettrait d’effectuer ces mêmes relevés à pied ou à vélo, à l’aide d’un cellulaire, sans avoir à fermer l’accès à la zone.

Comment cette idée lui est-elle venue ? Quels sont les éléments qui lui ont permis de la faire émerger et de la concrétiser ?

Le savoir et l’intuition, la recette gagnante de la créativité

« Je me renseigne beaucoup sur les nouvelles technologies. J’essaie d’être au fait des dernières innovations et de voir comment elles pourraient être utiles pour résoudre les problématiques liées à mon secteur d’activité », nous explique Jérémie. Son idée ne lui est pas apparue par hasard. Si l’on a longtemps cru que la créativité venait de l’hémisphère droit du cerveau et que pour la stimuler il suffisait de bloquer la pensée rationnelle et d’envisager toutes les idées qui nous passaient par la tête, des études plus récentes ont prouvé que cette théorie est erronée. Selon Barry Gordon, notre cerveau enregistre et classifie au quotidien d’énormes quantités d’information – c’est la phase d’analyse. À mesure qu’il le fait, il tente d’établir des concordances entre les nouvelles informations et celles déjà emmagasinées, pour aboutir à une pensée. C’est ce qu’on appelle l’intuition. Ensemble, l’analyse et l’intuition forment la « mémoire intelligente ». Une grande partie de ce processus étant inconscient, on a tendance à croire qu’un éclair de génie nous apparait subitement lorsque l’on a une bonne idée. Or il s’agit plutôt de la combinaison de toute l’information accumulée et mise en relation.

Puisque les connaissances alimentent la créativité, nous devrions tenter d’augmenter le volume et la qualité de l’information que nous recevons. Le meilleur moyen d’y parvenir est de collaborer davantage, en échangeant nos connaissances et nos expériences avec nos semblables, en cherchant à savoir si d’autres personnes ont eu à résoudre des problèmes similaires et à quelles solutions ils ont eu recours. Partant de ce principe, les entreprises auraient tout intérêt à encourager la curiosité de leurs employés et à faciliter l’échange d’informations. L’une des stratégies mises en place par CIMA+ pour créer des conditions favorables à la collaboration est la restructuration de ses espaces de bureaux en remplaçant les cubicules cloisonnés par des aires de travail ouvertes.

Créer une ambiance qui favorise la créativité

Selon Jérémie Dupuis-Lacasse, l’élément déterminant qui a permis à son idée de se concrétiser, a été l’ouverture de ses supérieurs à l’égard de l’innovation et la confiance qu’ils lui ont accordée. Pour que les employés soient créatifs, l’entreprise doit favoriser l’émergence d’idées, les accueillir favorablement, les étudier sérieusement et les implanter avec des ressources suffisantes pour assurer leur mise en application. Une telle vision de valorisation des idées ne doit pas condamner l’échec, mais plutôt le considérer comme une occasion d’apprentissage. Parce que les employés ont besoin de modèles à suivre, les dirigeants doivent eux-mêmes être innovants, pour les inspirer et créer un climat de confiance à l’égard des nouvelles idées. Finalement, les programmes de gestion des ressources humaines ont aussi un rôle à jouer en contribuant à une plus grande ouverture au changement et au partage de connaissances.

Un processus qui demande du temps

Il s’est déjà écoulé deux ans depuis que Jérémie a commencé à développer sa méthode. Si celle-ci est presque complètement opérationnelle, sa concrétisation a dû passer par plusieurs étapes. Tout d’abord, il a soumis son idée au Comité Innovation de CIMA+, qui en a évalué l’utilité, la faisabilité et son potentiel d’application dans d’autres domaines d’activité de l’entreprise. Elle a ensuite été testée, développée et améliorée pour devenir de plus en plus efficiente. La créativité ne se réduit donc pas à l’éclair de génie mentionné précédemment. Pour qu’une idée devienne une innovation, il faut qu’elle réponde efficacement à une problématique existante. Ce processus prend du temps.

Enfin, des études montrent que si la présence d’une routine de travail dans l’organisation limite la créativité des employés, l’alternance créativité-routine leur est bénéfique puisqu’elle leur permet de prendre une pause et de s’approprier l’innovation entre deux périodes d’effervescence créative. La recherche de la créativité à tout prix et en tout temps s’avérerait donc contre-productive.

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