L’ingénierie en fin de réhabilitation

Par Jean-Philippe Décarie
La Presse

Crédit de la photo : Edouard Plante-Fréchette, La Presse

Ils sont tous deux ingénieurs, mais ont délaissé il y a longtemps la profession pour connaître des carrières très fructueuses dans le monde des affaires. Les deux hommes voulaient me rencontrer pour discuter de leur vision de l’avenir du génie québécois au sortir de la crise qui a passablement ébranlé l’industrie.

Dès le départ, je trouvais le concept intéressant et la démarche d’autant pertinente que les deux hommes se sont joints tout récemment au conseil d’administration de la firme de génie CIMA+ sans que leur passé d’ingénieurs soit connu de leur recruteur.

Réal Plourde est l’un des quatre membres fondateurs d’Alimentation Couche-Tard, où il a été longtemps responsable des opérations du groupe. Diplômé en génie de l’Université Laval, il a aussi obtenu un MBA à HEC Montréal. Il a entamé sa carrière comme ingénieur en réalisant des projets au Canada et en Afrique avant de se joindre à l’aventure naissante de Couche-Tard.

Gérard Geoffrion a oeuvré durant plus de 20 ans chez Van Houtte et Keurig, où il a été PDG. Diplômé en génie industriel de l’École Polytechnique et détenteur de MBA, il a travaillé durant cinq ans dans le secteur minier sur la Côte-Nord avant de se lancer dans le conseil, la planification stratégique et le café.

Les deux entrepreneurs se sont joints, il y a deux ans, au conseil d’administration de CIMA+ à titre d’administrateurs indépendants. Gérard Geoffrion est responsable du comité de vérification, tandis que Réal Plourde préside le comité de gouvernance et d’éthique.

À l’instar des autres gros bureaux d’ingénieurs québécois, CIMA+ a été éclaboussé lors des travaux de la commission Charbonneau en admettant avoir notamment versé de façon régulière de généreuses contributions financières aux trois principaux partis politiques québécois.

CIMA+ a décidé d’ouvrir son conseil d’administration à des candidats de l’extérieur dans la foulée de la restructuration qui a été opérée après le départ de son fondateur Kazimir Olechnowitcz, en 2014.

«L’entreprise souhaitait afficher une totale transparence et voulait un regard extérieur. On a réalisé notre vérification diligente avant de nous joindre à CIMA+.

«Je pense qu’on a posé plus de questions qu’on a eu à en répondre. C’est une belle firme avec des ressources humaines incroyables, et le monde du génie fait face à plusieurs défis emballants au Québec. On n’a qu’à penser à la mise en place du Réseau électrique métropolitain. CIMA+ est bien équipé pour réaliser de tels projets», soumet Gérard Geoffrion.

Réal Plourde estime pour sa part que sa contribution à CIMA+ à titre d’administrateur indépendant apporte justement un regard neuf sur les activités de la firme.

«On travaille sur la planification stratégique et on voit de très belles opportunités se dessiner, dont la reprise graduelle des activités du Plan Nord et les dépenses importantes en infrastructures annoncées par Ottawa», dit Réal Plourde.

«La commission Charbonneau a beaucoup affecté la fonction d’ingénieur, mais il y a des milliers de professionnels compétents qui bâtissent nos infrastructures et qui n’ont rien à voir avec les inconduites de certains.»

Retour à la croissance

Outre les effets démobilisateurs de la commission Charbonneau, le monde du génie québécois a aussi souffert d’un ralentissement de ses activités, notamment dans les secteurs minier et des hydrocarbures.

François Plourde (aucun lien de parenté avec Réal) est PDG de CIMA+ depuis 2014 et il observe depuis quelques mois le retour d’une saine croissance.

C’est lui qui a mis en place la nouvelle structure de gouvernance et qui est allé chercher des administrateurs professionnels à l’extérieur de la firme.

«En 2010, lorsque CIMA+ était à son sommet, on comptait 2000 employés. Le ralentissement des dernières années nous a affectés, mais l’activité a bien repris. On a embauché 150 ingénieurs l’an dernier et on est maintenant rendus à 1800 employés», souligne le PDG.

CIMA+, qui réalise l’essentiel de ses revenus au Canada et au Québec, a obtenu en 2015 l’accréditation de l’Autorité des marchés financiers qui lui permet de soumissionner sur les contrats du gouvernement.

La firme s’est aussi prévalue des dispositions de la loi 26 visant la récupération de sommes payées injustement à la suite de fraudes dans le cadre de contrats publics.

«On a offert de rembourser les sommes que nous aurions injustement obtenues. On va le faire, mais cela reste des montants très minimes par rapport à l’ensemble des contrats publics que nous avons réalisés», précise François Plourde.

Chose certaine, le PDG de CIMA+ est bien content d’avoir tourné la page et il estime maintenant que le processus de réhabilitation de l’ingénierie est bien terminé. Son seul souhait est maintenant de participer activement à l’édification du Québec de demain.

Lire l’article

SOURCE : La Presse 27 mars 2017 : http://affaires.lapresse.ca/opinions/chroniques/jean-philippe-decarie/201703/26/01-5082606-lingenierie-en-fin-de-rehabilitation.php