Journée internationale des femmes en génie : Marie-Ève Fecteau et Véronique Morin

Marie-Ève Fecteau

« Les femmes ne se permettent pas suffisamment de se mettre en valeur et de foncer par peur de l’image qu’elles pourraient projeter. »

- MARIE-ÈVE FECTEAU, ing., Associée déléguée, mécanique industrielle, Énergie & Ressources, CIMA+

La journée internationale des femmes en génie est une occasion de présenter des modèles de femmes inspirantes. Voici deux femmes qui évoluent dans le secteur de l’industrie lourde. Marie-Ève Fecteau, ingénieure en mécanique et associée déléguée chez CIMA+ a pris le temps de rencontrer Véronique Morin, ingénieure en entretien des machines à papier, dans l’industrie lourde des pâtes et papiers, un secteur qui amène son lot de défis.

 

Marie-Ève : Pourquoi trouves-tu que c’est important de promouvoir les femmes en génie ?

Véronique : Je trouve important de promouvoir n’importe qui en génie, car c’est un domaine intéressant, inspirant, stimulant et pratico-pratique pour y appliquer toutes les notions physiques, mais encore méconnu. Il ne faudrait pas que ce soit un domaine que les femmes s’empêchent de choisir seulement parce qu’historiquement elles y étaient peu nombreuses.

Marie-Ève : Considères-tu que tu fais face à des enjeux différents et que tu vis des choses différentes parce qu’il y a moins de femmes et compares-tu ton parcours à celui de n’importe quel homme en génie ou penses-tu penses que c’est différent, car il n’y a pas de parité entre les sexes ?

Véronique : Mon opinion est mitigée, car mon cheminement professionnel s’est plutôt bien déroulé étant donné les portes qui se sont ouvertes pour moi dans un milieu où les femmes étaient déjà acceptées dans des rôles de cadre. Je me suis quand même butée à certaines réticences de la part de certains hommes plus âgés qui ne respectaient pas mon pouvoir décisionnel. Lors de réunions, il est arrivé que ces personnes s’adressent à d’autres personnes qu’à moi pour obtenir une direction ou une approbation. Je ne m’en faisais pas outre mesure, car les autres personnes présentes me soutenaient dans mon rôle et encourageaient l'individu en question à s’adresser directement à moi pour obtenir des réponses.

Marie-Ève   : Il est intéressant d’avoir des modèles de femmes. Le plus grand enjeu pour moi est de concilier la vie familiale et la carrière. Est-ce que tu as eu des modèles et en quoi t’ont-elles inspirée ?

Véronique : J’ai eu pour modèle une directrice qui était ma supérieure et qui avait trois enfants. Je trouvais que cela semblait plutôt laborieux de concilier travail et famille. J’ai d’ailleurs retardé le projet de famille afin de stabiliser ma carrière au préalable. Je considère que cet enjeu restera une dynamique typiquement féminine.

Marie-Ève : Trouver un juste milieu entre jeune famille et ambitions professionnelles c’est difficile, mais ce n’est pas impossible. Les mœurs doivent toutefois changer. Il doit d’abord y avoir plus de femmes et la reconnaissance ne doit plus être accordée en fonction du nombre d’heures travaillées.

Véronique : Je pense que les compagnies devraient être plus ouvertes au télétravail, car cette condition facilite grandement la conciliation travail-famille. Cela permet à la fois de bien gérer les questions familiales et les priorités professionnelles.

Marie-Ève : Que crois-tu que les femmes peuvent apporter au domaine du génie ?

Véronique : Je ne désire pas catégoriser hommes et femmes, mais il est clair que nous sommes très différents. Les femmes ont peut-être une vision plus globale d’une situation, ce qui permet de mieux communiquer relativement aux différents obstacles. Le rôle d’ingénieur demande une bonne capacité d’écoute, de compréhension des enjeux, de rationalisation et de synthèse. Les hommes peuvent très bien faire cela, mais les femmes ont possiblement plus de facilité en général.

Marie-Ève   : Selon ton expérience, étant donné que tu n’as pas vécu d’embûches et que tu as été bien encadrée, tu ne vois pas cela comme un problème ?

Véronique : J’ai eu à surmonter certains problèmes sur le plan de la communication entre la direction et les employés qui étaient principalement des hommes, ce qui créait beaucoup d’émotivité chez ces derniers. Mon défi a été de prendre du recul pour ne pas me sentir personnellement attaquée. J’ai su faire preuve d’écoute et maintenir un meilleur climat de travail. Je crois que c’est une des choses que les femmes peuvent apporter au domaine et elles le font bien.

Marie-Ève   : Les femmes sont généralement plus sensibles à ces choses. Elles ont tendance à prendre tout personnellement. Qu’est-ce qui te passionne dans ton métier ? Pourquoi avoir choisi le génie ?

Véronique : J’aime le côté technique et pratique de la profession, ainsi que le fait d’utiliser les capitaux judicieusement pour avancer et développer. Dans le domaine industriel, il faut que ça avance, il faut que les équipements soient entretenus. Les investissements sont là et c’est quelque chose que j’apprécie dans mon travail.

Marie-Ève : Pourquoi as-tu choisi les pâtes et papiers ?

Véronique : Le fait de m’être spécialisée dans ce domaine est un concours de circonstances. Avant, j’étais en efficacité énergétique. Je me suis toujours intéressée à l’industrie lourde. Je voulais au départ être astronaute. En entrant à l’université, j’ai réalisé que c’était un domaine très pointilleux et je me suis plutôt orientée vers ce type d’ingénierie.

Marie-Ève : Moi aussi je voulais faire cela, mais l’astrophysique était un domaine moins pratique et plus théorique. Depuis que j’ai une petite fille, je me sens un devoir envers les générations futures de faire changer les choses, est-ce la même chose pour toi ?

Véronique : J’espère que les barrières de genre que nous avons contribué à faire tomber ne reviendront pas faire obstacle aux générations futures et c’est à la nôtre de s’en assurer par l’éducation.

Marie-Ève : Selon toi, de façon générale, les femmes sont-elles traitées de façon égalitaire dans toutes les sphères de la société ?

Véronique : Les femmes doivent encore prouver leur valeur et défendre leur position. Comme ça ne fait pas très longtemps que les femmes ont accès à ce genre de poste, elles doivent prendre leur place, être fières de leurs réalisations et développer plus de confiance pour atteindre les plus hauts sommets. Ce n’est cependant pas seulement à la gent féminine de faire ces efforts.

Marie-Ève : Les femmes ne se permettent pas suffisamment de se mettre en valeur et de foncer par peur de l’image qu’elles pourraient projeter.

Véronique : Par le passé, ayant travaillé dans des milieux typiquement plus masculins, j’ai vécu des situations où c’était la personne qui criait le plus fort qui gagnait des points au sein d’une équipe de travail. Sans nécessairement dire que l'approche est bonne, ça illustre un peu ce qu’il faut faire pour monter les échelons. On ne perd pas notre intégrité en se mettant en valeur, il ne faut pas se gêner de prendre la place qui nous revient et de promouvoir nos réalisations.

Marie-Ève : Effectivement, la ligne est mince entre prendre sa place et rester soi-même. En tant que femme, il est facile de se sentir comme un imposteur.

 

À propos de Marie-Ève Fecteau

Marie-Ève s’est jointe à CIMA+ en 2011, après avoir complété un contrat de deux ans en Afrique du Sud où elle s’est fait valoir comme gestionnaire en chef pour une compagnie spécialisée dans la fabrication de systèmes de chauffage solaire de l’eau. Cette expérience l’a amenée à développer ses compétences en gestion de projets d’ingénierie et de supervision de la production. Elle occupe chez CIMA+ un poste d’ingénieure d’usine au sein du service de mécanique industrielle. Au cours des dernières années, Marie-Ève a travaillé principalement dans les domaines des pâtes et papiers, de l’hydroélectricité et des produits chimiques.

 

Luc Jolicoeur

À propos de Véronique Morin

Véronique détient un baccalauréat en génie mécanique de l’Université de Sherbrooke. Depuis 2009, elle a occupé divers postes à titre de chargée de projet et de coordonnatrice de projet en efficacité énergétique, de superviseure d’équipe de projet et de superviseure à l’entretien dans le domaine des pâtes et papier. Elle agit actuellement en tant qu’ingénieure en entretien des machines à papier chez Domtar, Windsor.

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