Établissement d’un diagnostic écologique des lacs Saint-Mathieu à l’aide de la méthode MILQ et de bio-indicateurs

Dans un contexte de dégradation de la qualité de l’eau des lacs Saint-Mathieu , l’Organisme des bassins versants du Nord-Est du Bas-Saint-Laurent (OBVNEBSL) a fait appel à CIMA+ afin de mieux comprendre les causes de leur eutrophisation. Grâce à la Méthode pour évaluer l’intégrité écologique des lacs tempérés du Québec (MILQ), développée par CIMA+ en collaboration avec l’Université Laval, l’équipe a pu retracer l’évolution des deux plans d’eau et établir des diagnostics distincts pour orienter les efforts de restauration.

Le lac Saint-Mathieu et le Petit lac Saint-Mathieu, deux plans d’eau interconnectés du Bas-Saint-Laurent, connaissent des épisodes de prolifération de cyanobactéries depuis 2006, avec pour conséquence une perte d’usages récréatifs. Les suivis traditionnels de la qualité de l’eau, qui reposent notamment sur la mesure du phosphore total, de la chlorophylle a et de la transparence, permettaient de décrire leur état, mais pas de reconstituer leur évolution ni de déterminer clairement les processus à l’origine de leur enrichissement.

CIMA+ a appliqué la méthode MILQ, qui utilise les diatomées comme bio-indicateurs de l’état trophique des lacs. Ces microalgues sont particulièrement sensibles aux conditions environnementales de leur habitat, notamment à la concentration en phosphore. L’analyse des communautés vivantes permet de caractériser l’état actuel d’un lac, tandis que les diatomées fossiles préservées dans les sédiments permettent d’en retracer l’évolution sur plusieurs siècles. Des carottes de sédiments ont ainsi été prélevées et analysées, puis les résultats ont été interprétés à l’aide d’un modèle statistique développé à partir de 55 lacs de référence du Québec méridional couvrant différents degrés d’eutrophisation.

Retracer l’évolution des lacs pour mieux comprendre leur état actuel

En combinant des connaissances avancées en écologie des diatomées, des analyses statistiques spécialisées et l’évolution historique du bassin versant, l’équipe a pu estimer les concentrations en phosphore antérieures aux perturbations humaines et les comparer aux conditions actuelles. Cette démarche a révélé des trajectoires différentes : l’état du lac Saint-Mathieu s’améliore progressivement, tandis que celui du Petit lac Saint-Mathieu continue de se détériorer. L’analyse a notamment permis d’invalider l’hypothèse selon laquelle le grand lac constituait la principale source d’enrichissement du petit lac.

Déterminer les causes de l’eutrophisation pour orienter les interventions

Les résultats indiquent plutôt que la dégradation du Petit lac Saint-Mathieu est principalement attribuable au phosphore accumulé dans ses sédiments au fil du temps en raison des usages passés. En clarifiant l’origine du problème, le diagnostic permet d’orienter les ressources vers les interventions les plus pertinentes et d’éviter des études ou des mesures correctives mal ciblées. MILQ permet également d’établir une cible quantitative de phosphore propre à chaque lac grâce à la reconstitution de son état naturel, fournissant ainsi une base scientifique solide pour les décisions futures en matière de restauration.

Transformer une méthode scientifique en outil d’aide à la décision

Habituellement réservée à la recherche fondamentale, cette approche est appliquée en pratique professionnelle exclusivement par CIMA+. Sa mise en œuvre exige une expertise spécialisée pour l’identification des diatomées, le prélèvement et le traitement des carottes de sédiments, les analyses en laboratoire et l’interprétation écologique et statistique des résultats. Toutes réalisées chez CIMA+, ces différentes étapes permettent d’offrir un diagnostic intégré et de traduire des données scientifiques complexes en constats clairs pour les acteurs locaux. Le projet des lacs Saint-Mathieu ouvre ainsi la voie à une utilisation plus large de MILQ pour soutenir la gestion intégrée des lacs au Québec.