Repenser la tour de télécom pour les milieux isolés

Tous n’ont pas un accès égal aux services de télécommunications. Si les centres urbains et ruraux jouissent d’une couverture Internet et cellulaire efficace, ce n’est pas le cas des communautés isolées, où l’électricité et parfois même la route ne se rendent pas. Résultat : une véritable fracture sociale dont près de 40 % de la population mondiale fait aujourd’hui les frais. C’est là une situation inacceptable aux yeux de CIMA+ et de ses partenaires du Consortium Innovation Technologique Énergie Côte-Nord (CITEC), qui travaillent à la mise au point d’une tour de télécommunication portative pour aider à y palier.

Le CITEC a justement remporté cette année le prix Reconnaissance, décerné par l’Ordre des ingénieurs du Québec (OIQ), pour ce projet régional innovant. Légère, facile à installer, peu dispendieuse, éventuellement autonome en énergie : cette tour haute de 26,5 mètres a le potentiel « de briser l’isolement des populations en régions éloignées », souligne l’OIQ dans un communiqué. « C’est la reconnaissance de plusieurs années de travail », se réjouit Jacques Parent, associé et directeur principal en développement des affaires et gestion des opérations chez CIMA+, à Baie-Comeau.

Le mérite revient en partie à la PME Nova-Pro de Havre-Saint-Pierre, elle aussi membre du CITEC, qui s’est occupée des volets Structure et Mécanique du projet. Le design proposé, qui sera bientôt évalué afin de vérifier sa conformité aux exigences de la norme CSA S37, consiste en une série de tubes télescopiques en aluminium – des matériaux 100 % recyclables – qui peuvent être déployés sans machinerie, section par section, pour former une structure haubanée. « CIMA+ s’est chargée du volet Électrique, c’est-à-dire des énergies renouvelables qui servent à alimenter les équipements de télécommunication intégrés à cette tour », précise Jacques Parent, qui est aussi président du CITEC.

À toute épreuve

Une fois installée, des panneaux solaires et une éolienne montés sur la structure ainsi qu’une unité renfermant une sous-station électrique complète produisent l’énergie nécessaire aux services de télécommunications. Les batteries sont intégrées à même la tour, en hauteur, de manière à prévenir les vols. « Il fallait nous assurer que le système soit suffisamment flexible pour s’adapter aux divers contextes d’utilisation », raconte Jean-François Savard, associé délégué et chargé de projet en électricité chez CIMA+.

L’exemple de la Côte-Nord est tout particulièrement parlant. En plein hiver, la neige peut y être abondante, tout le contraire du soleil qui se fait timide avec les journées écourtées. « Différentes sources externes d’alimentation ont donc été pensées. En plus d’une éolienne, on peut ainsi y brancher une petite génératrice portative, au besoin », explique Jean-François Savard. En outre, des températures polaires sévissent régulièrement au-delà du 48e parallèle. « C’est un défi pour des batteries conventionnelles, dont la durée de vie, mesurée en cycles de charge, est limitée par le froid extrême. »

C’est pourquoi CIMA+ et Nova-Pro ont développé pour ce projet une toute nouvelle technologie de batteries à hautes performances à l’oxyde de lithium de titanate. Ces dernières sont taillées sur mesure pour les tours de télécommunication érigées au milieu de nulle part. « Elles sont rechargeables jusqu’à -35 °C et peuvent l’être de 20 000 à 30 000 fois avant de devoir être remplacées. Il nous reste encore un peu de recherche et développement à faire avant d’arriver à un produit fini qui pourra être commercialisé », indique l’ingénieur.

Un game-changer

Cela ne devrait toutefois pas trop tarder. « Si tout va bien, nous devrions être en mesure d’investir le marché en 2023. Ce ne sont pas les clients qui manquent pour ces tours portatives », s’enthousiasme Jacques Parent.

Cette nouvelle technologie, il faut le répéter, pourrait changer la donne. Une fois finalisée, sa mise au point reléguerait aux oubliettes le travail en hauteur, le besoin de béton pour les socles ainsi que les ancrages et le recours à une main-d’œuvre spécialisée issue de plusieurs corps de métier. Là où il fallait quatre à cinq jours à près de huit ouvriers pour installer une tour de télécommunication « conventionnelle », il faudrait désormais moins d’une demi-journée à une ou deux personnes. « Ces tours portatives pourraient aussi faciliter la mise en place de l’infrastructure nécessaire à l’Internet des objets », conclut Jacques Parent.

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